Bleu du ciel, de la mer, de l'oeil et de l'âme : en un volume, deux recueils qui se font écho par la répétition de certains mots et sujets, certaines leurs images. Il s'agit de prose, mais portée par une qualité poétique : on y pointe vers les choses plutôt que de les décrire ou les analyser. Pas de syntaxe torturée par l'exigence de la versification. Au contraire, il s'agit de la force du simple.
J'ai préféré "Une histoire de bleu", et par manque de place, je m'y attarderai plus, même si je vous invite vivement à aller découvrir, entre autres, le superbe petit portrait de la dame qui "un rayon de soleil sur la joue, […] se souvient du mot 'myosotis' et du mot 'chandelle' (Ed. Gallimard,p. 168)", dans "l'instinct de ciel".
Les textes de "Une histoire de bleu", sont plus courts et les larges marges au bas des pages laissent plus de place au lecteur, lui octroient un repos. A vrai dire on ne sait trop s'il s'agit d'une succession de textes distincts ou de nombreuses vaguelettes courant à la surface d'un même océan. Parfois, une phrase est posée seule en haut de page, dans laquelle notre esprit assoiffé de structure voudrait voir un titre, mais rien n'est sûr. C'est une invitation à se laisser conduire, à suivre sans trop réfléchir le fil… bleu qui coud le tout.
Certaines des phrases isolées m'ont semblé particulièrement puissantes de simplicité. Quelques exemples : "comme un linge, le ciel trempe" (p.72) ou "Tu fus la plus bleue dans ta robe." (p. 99) ou "Ne partir de rien, insister sur ce rien" (p. 105)
Par endroits, le style et le genre de vocabulaire utilisés par M. Maulpoix m'ont rappelé certaines phrases finement ciselées de Nicolas Bouvier, dont on a peut-être un peu vite retenu les voyages plus que la finesse de la plume. Ailleurs, j'ai pensé à Henri Michaux.
Les deux recueils de ce volume mentionnent souvent le processus d'écriture, la soif et l'ivresse d'écrire et la finitude fascinante des mots, thèmes qui interpelleront sans doute les lecteurs qui parfois s'essaient à rencontrer la page blanche, même si, dans ce cas précis, les effets poétiques de l'auteur m'ont semblé parfois un peu encombrants.
S'il approche la vie et la mort, l'effort parfois vain, les limites et le rêve d'infini, "l'immense atelier de la chair, du désir et de la croyance mal dégrossie" (p. 82) et s'il le fait par des images parfois très physiques, voire brutes, M. Maulpoix n'impose pas cette noirceur amère ou désespérée que de trop nombreux poètes croient bon de vomir sur les malheureux qui ont pourtant le courage de lire un peu de poésie plutôt qu'un manga. Ici, ce qui est plus lourd, plus dur, plus sombre, est entouré d'une sorte de légèreté, de luminosité, d'un espace du possible. A chacun d'y voir plutôt la clarté ou plutôt l'ombre.
Car, "ici de l'âme, on bat le fer" (p.82)